Léo Sallez - Relais des gourmets 





Exposition présentée au local, du 15 février au 15 mars 2020


Clin d’oeil malicieux, le titre de cette exposition fait référence, comme souvent dans la pratique de l’artiste rémois Léo Sallez (né en 1993), à l’histoire du kiosque des basses promenades, autrefois occupé par divers commerces et cafés. L’artiste s’inspire en effet des lieux qu’il investit pour y opérer une transformation joyeuse des formes et des matières.

Intéressé par le travail de Gordon Matta Clark – artiste américain qui réalise dans les années 70 des coupes de bâtiments – Léo Sallez s’empare de matériaux révélateurs de l’histoire de l’architecture pour les réactiver en en changeant le statut. Ainsi, les lattes du parquet de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design (dont il est diplômé depuis 2018), la chaux dont l’industrie était florissante à Crugny ou encore les poutres du chantier du musée des Beaux-Arts, sont autant d’objets glanés directement sur les lieux d’exposition ; ils en transmettent l’essence.

Ces objets sont ensuite transformés par des techniques souvent traditionnelles acquises par nécessité à l’occasion de chaque projet. En 2018, ce sont les charpentiers du musée des Beaux-Arts qui formeront Léo Sallez au procédé de coloration naturelle du bois, ou le spécialiste du métal de l’ESAD qui lui transmettra les techniques précises de travail du cuivre. Plus tard, pour préparer l’exposition Bisou Bisou – un parcours d’oeuvres d’art dans le paysage mis en place par Maison Vide (Crugny, 2019) -, les briques de chaux qu’il réalise dans l’atelier lui permettent de se familiariser avec un savoir millénaire, qui sera ensuite réinvesti dans une production artistique comme toujours « site specific ». Si après l’intervention de Léo Sallez, le lavoir désaffecté de Crugny se pare d’une matière disparue et détourne à nouveau le cours d’un ruisseau, sa fonction est pourtant par essence modifiée.

Pour son exposition au local, Léo Sallez présente un kiosque qui revêt à nouveau une allure de salon de thé. Tout semble familier, et pourtant rien ne coïncide avec la supposée fonction du lieu. Le mobilier, entre design contemporain et établi d’un bricoleur, brouille les pistes : il ne ressemble en rien à celui des cafés ni aux socles des sculptures. Si quelques tables nous invitent à entrer, les glaçages et les meringues, d’un bleu aussi séduisant que chimique, semblent sortis tout droit d’un film de science fiction des années 70, dont les effets spéciaux bricolés produisent une esthétique à part entière.

Dans une cuisine qu’on imagine transformée en laboratoire de chimie, l’artiste mène des expériences : sans recettes écrites ni savoirs scientifiques précis, il cherche à associer le sucre et la peinture, produisant des formes expansives entre la pâtisserie, le monochrome, la sculpture et le glitch numérique.

Les cristaux de sucre deviennent des pixels et évoquent un art culinaire d’anticipation home made, quasi post-internet. La matière dégoulinante semble être le fruit d’une numérisation 3D : sa matérialité pourtant criante nous échappe de l’autre côté de la vitre. Les ustensiles, les récipients et la vaisselle arborent quant à eux un caractère désuet, ils ne semblent être que prétextes à recevoir la substance non identifiée, aussi savoureuse qu’indigeste.

Pourtant, au local, si l’on se hasarde à fantasmer un quelconque univers numérique ou issu de la science- fiction, c’est avec des moyens propres à la peinture antique que Léo Sallez travaille, la peinture est a tempera, à base de blanc d’oeuf. L’histoire du lien étroit entre l’art et la nourriture est en effet l’une des inspirations déterminantes de l’artiste, notamment suite au workshop « Nourrir, ce nourri » de Ramuntcho Matta (Lizières, 2018) et à l’exposition collective éponyme qui en est le fruit.

Plus largement, on perçoit dans le travail de Léo Sallez l’intérêt, ou plutôt le goût – puisqu’il s’agit bien de cela – de Léo Sallez pour les techniques et leurs évolutions, pour la matière et ses différents états, pour les transformations et les métamorphoses.



Léo Sallez, Le relais des gourmets, le local, février 2020. Photo : Thomas Schmahl




































































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