Leïla Couradin


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EXPOSITIONS


Vincent Gallais - L’instant de plus

Baptiste Charneux et Delphine Gatinois - Sécher le perroquet

La fête de l’insignifiance - exposition collective, Kunsthalle de Mulhouse 

Bénédicte Lacorre - Did somtehing real happen ?

Carla Adra - Bouche 

Léo Sallez - Relais des gourmets 

Victoria David - Snow Gum




TEXTES CRITIQUES 


Katinka Bock - Portrait

Thomas Schmahl - Portrait

Predicted Autumn, Jochen Lempert

L’odeur du ciel, Damien Fragnon et Naomi Maury

Radio, Katinka Bock

Pavillon, Guillaume Perez

Les conventions ordinaires, Chloé Serre, La BF15

Partout, mais pas pour très longtemps, Convoi exceptionnel

Peaux des murs, Claire Georgina Daudin 

Night Soil - Nocturnal Gardening, Mélanie Bonajo

Entre-temps, portrait de Rémi De Chiara 

Cleptomanie Sentimentale, collection Saves

Les coulisses du plateau, portrait de Naomi Maury 

Sous la surface, portrait de Julie Digard 

Eloge de l’imprévu, portrait de Damien Fragnon

Le divan des murmures, exposition collective au Frac Auvergne 

La Fête, La Musique, La Noce, Maria Loboda

Le monde ou rien, exposition collective au Gac Annonay

Images évanescentes et dessins absents, Claire Georgina Daudin

Les bruits silencieux, Olivier Zabat 

Dancing in the Studio, Pedro Barateiro

Etoffes à décor de circonstance, Joséphine Kaeppelin

Conversations silencieuses, exposition collective au Réverbère

Marcher à la dérive, Alex Chevalier et Guillaume Perez

Les éléphants se cachent pour mourir, Maxime Lamarche

Promenade urbaine en négatif, Sehyong Yang

Histoire des ensembles, Mathilde Chénin 

Cave Studies, Vincent Broquaire 


Predicted Autumn, Jochen Lempert
compte rendu d’exposition
Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, Rochechouart
12.10.2018 - 16.12.2018


La belle revue, 2019



À l’entrée de l’exposition Predicted Autumn de Jochen Lempert au Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, à Rochechouart, des lucioles ont tracé sur trois négatifs, dans une chambre noire, une ligne évoquant une calligraphie abstraite. Seraient-ce métaphoriquement les premiers vers d’un poème ? Ce triptyque qui joue les épigraphes, introduit la recherche du photographe allemand : une observation scientifique de la nature, de la lumière et du passage du temps qui se traduit par des expérimentations sans cesse renouvelées du médium photographique.

Toutes tournées vers la vallée, les salles fonctionnent comme autant de chapitres d’un livre, au sein duquel chaque mur s’apparente à une page blanche. Les blocs de texte semblent s’être effacés au profit d’une narration faite de rapprochements de photographies. La faune et la flore, omniprésentes derrière les fenêtres du château, sont les protagonistes de micro-récits thématiques déployés dans chacun des espaces. Si la photographie est toujours le vestige matériel de son modèle, le « ça a été »1 barthésien se charge ici de manière prégnante du caractère vivant de certains sujets. Ces derniers impriment parfois la surface du papier par le contact physique de leurs propres corps. Petits insectes, plancton et végétaux se sont posés dans la camera obscura de l’artiste. Ces images existent indépendamment les unes des autres mais, de leurs rencontres – entre elles comme avec le paysage – naît un nouveau discours. Ce principe de libre association, développé notamment par Arthur Rimbaud dans ses correspondances, atteste du caractère éminemment littéraire du travail de l’artiste.

Qu’elles soient formelles ou conceptuelles, ces analogies laissent supposer l’attention singulière qu’un artiste comme Jochen Lempert porte sur le quotidien et ce qu’il recèle d’extraordinaire. La lecture que celui-ci en propose, en plusieurs temps, est aussi poétique que biologique. Les vols d’oiseaux migrateurs, les nervures des feuilles à chacune des saisons ou les nuages de cendres volcaniques renvoient, à travers des phénomènes éthologiques, botaniques ou encore géologiques, à différentes recherches menées au cours de l’histoire de l’art. Certaines photographies sont en effet formellement proches des typologies architecturales et végétales développées par certains artistes de la Nouvelle Objectivé allemande, quand d’autres rappellent la chronophotographie. Chez Lempert, qu’il s’agisse du mouvement de sa propre respiration, lorsqu’allongé sur le sol il pose l’appareil sur son buste pour photographier un ciel étoilé, ou de captures de la course des astres : le temps, cyclique, est souvent le sujet.

Au sein de Predicted Autumn, les tirages argentiques sur papier baryté mat sont accrochés sans cadres, s’offrant ainsi au regard sans aucune distance induite par le dispositif muséal. Ainsi présentées, les images produites par Jochen Lempert suscitent une impression de proximité et de familiarité : « dans un monde jonché de vestiges photographiques, elles semblent avoir le statut d’objets trouvés : tranches de monde découpées de façon aléatoire »2. Impossible donc de ne pas reconnaître, dans une attitude contemplative et avec une émotion certaine, l’écureuil perché sur une branche, le détail d’un drapé d’une toile de Botticelli ou l’hippocampe observé au détour d’un récif corallien. Peut-être est-ce là que se situe toute la poésie de cette exposition. Elle permet au visiteur, dans un monde de consommation effrénée des images, de convoquer quelques souvenirs individuels morcelés et fugaces. Toutes ces photographies font appel à la mémoire collective et semblent ainsi être adressées au visiteur, afin qu’il puisse à son tour s’en saisir et les intégrer à sa propre anthologie d’images. « Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu »3


Notes
  1. Roland Barthes, La chambre claire, Gallimard, Paris, 1980, p. 120.
  2. Susan Sontag, Sur la photographie, Editions Christian Bourgois, Paris, 2008, p. 103.
  3. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu : du côté de chez Swann, Gallimard, Paris, 1992, p. 44.





Jochen Lempert, Predicted Autumn, Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, 2019


Jochen Lempert, Predicted Autumn, Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, 2019






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