Ines Dobelle  





À l’occasion de l’exposition Collagène, à ASKIP, Nantes  


Quand l’influenceuse américaine Feroza Aziz, lors d’un tuto make up, dénonce, en recourbant ses cils, le massacre des Ouïgours, elle avance à couvert. Elle se place dans l’angle mort de l’algorithme, pour créer un nouveau mode d’expression transgressif. Les œuvres d’Ines Dobelle, qu’elles relèvent aussi du tutoriel
comme How to kiss a spoon et Zyme Zyme, ou d’autres formes plastiques, interrogent les sous-entendus, les strates du dicible, et les méthodes subversives qui permettent de les contourner. L’artiste explore les messages codés, leurs modalités d’expression formelle, et les contextes qui les voient naître. À différentes occasions, elle infiltre des environnements qui deviennent de véritables supports sensibles : « J’ai toujours pensé que les lieux avaient des choses à nous dire et qu’il fallait les laisser parler »1

Les œuvres utilisent pourtant des subterfuges pour paraître et disparaître. Elles s’infiltrent dans différents lieux de vie allant du domestique à la collectivité, pour prélever des objets – modestes, a priori dénués de qualités plastiques – et les transformer en sculptures design, accessoires de performances, ou sujets d’éditions.

Les objets voyagent clandestinement entre les espaces d’exposition et ceux du quotidien, investissent différents supports ou médiums, changent de définition et d’usage. D’une scène à l’autre, ils se maquillent ou se déguisent. Il s’agit de faire se rencontrer, au sein des œuvres elles-mêmes, différents détenteurs·rices d’objets-récits tout droit sortis des placards. Lorsqu’Ines Dobelle achète sur Leboncoin, un par un, pendant des mois, des modules de rangement de chaussures pour en faire une installation (Smells like teen spirit), se niche dans ces objets standardisés le plaisir d’échanger avec chaque vendeur·se, de négocier les prix, de conclure des marchés. L’artiste les assemble ensuite, faisant de ses pièces les produits désirables d’un
showroom.

L’œuvre elle-même devient parfois display, comme Matsyshelf, un meuble design, une furniture sculpture. Elle permet d’accueillir les pièces d’autres artistes sur ses étagères en tôle d’aluminium, brossée par un geste graphique quasi expressionniste. Son titre comme sa forme font référence à la posture Matsyasana dans le yoga, tout en s’amusant de l’ambiguïté entre les termes shelf (étagère) et self (soi). Ce meuble-corps supposé autonome soulève la question du goût, l’artiste ayant un droit de regard sur ce qui est digne d’y être présenté ou non.
D’une installation à l’autre, les objets sont des messagers adeptes de sous-entendus. Ils racontent des histoires en négatif, à l’image des planches à découper (The final cut) échangées contre un repas cuisiné à domicile par l’artiste, enduites d’encre pour devenir des matrices d’impression. Comme les didascalies qui accompagnent une pièce de théâtre, elles révèlent les confidences livrées dans la cuisine.

Dans la série des Bulky's, divers objets sont recouverts de silicone, pour devenir de véritables fonds verts, prêts à accueillir toutes formes d’incrustation et d’effets spéciaux. Au resto universitaire, ces sculptures hybrides défilent sur les plateaux comme sur un catwalk lors de la Fashion Week. Elles relèvent du fétichisme
d’un objet inanimé qui devient corps. Ailleurs, les vêtements s’exposent sans pudeur ; dans nothing personal, tout est au contraire très personnel : les modules supposés fonctionnels ici désossés, les collants-lettres, les magnets empruntés. La vie domestique ainsi mise en scène soulève des questions d’ordre politique, culturel, et économique. Délestés de leur fonction et de leur caractère intime, infra-ordinaire, presque trivial, ces ready-made élevés au rang de sculpture formulent un slogan, « no no no no no », une mélodie de chanson populaire, un bégaiement. L’œuvre semble commenter une situation sans la nommer, elle joue les paratextes. Elle refuse, résiste, s’oppose. En s’adressant directement à nous, ce mot – dont on soupçonne le caractère politique – induit une réaction. Qu’on lui tienne tête par l’affirmative ou qu’on détourne le regard en signe de soumission, il est manifestement performatif.

À la manière de Matsyasana, la figure du poisson, les œuvres d’Ines Dobelle proposent une inversion quasi carnavalesque des systèmes de pouvoir omniprésents dans nos sphères intimes ; le privé étant toujours politique. L’ambivalence des charges symboliques de ses pièces et la pluralité malicieuse des discours génèrent des fictions mutantes fétichistes. Dans sa pratique artistique, qui formalise des récits dans l’espace, entre confidences et secrets, les œuvres rappellent que toute forme de langage s’accompagne toujours de ses marges.

Photos : Gregg Bréhin




















Mark

Leïla Couradin


Contact



EXPOSITIONS



Des mots vivent dans ma gorge - Prix Sheds Pantin 

Simon Feydieu - œuvre dans l’espace public 

Iels sont le feu à l’intérieur de nous - avec lola fontanié, marie pic, floraine sintès, laura vazquez, ludivine zambon

Jelena Škulis -  Les chaînes de la liberté et les câbles de la connexion

On ne change pas...on met juste les costumes d’autres sur soi... (parcours thématiques DDA)

Rien n’est vrai, tout est vivant - ESAPB

Charlotte Alves - Un trou dans le sable 

FUTURIBLES - avec Hilary Galbreaith, Andréa Le Guellec, Tania Gheerbrant, Sacha Rey, Baptiste Verrey

Camille Boileau - Le jardin des possibles 

Jeanne Chopy - Le rideau bouge encore ~

Lisa Duroux et Julie Kieffer - De cadence et d’amour

Adélaïde Feriot - Polaris

Bettina Samson - Spectral Summer, Le Parc Saint Léger 

Bénédicte Lacorre - Did something real happen ?

Vincent Gallais - L’instant de plus

Baptiste Charneux et Delphine Gatinois - Sécher le perroquet

La fête de l’insignifiance - exposition collective, Kunsthalle de Mulhouse 

Carla Adra - Bouche 

Léo Sallez - Relais des gourmets 

Victoria David - Snow Gum




TEXTES  


Ines Dobelle - Portrait

Elisa Florimont - Résidence GENERATOR 

Louise Belin - Résidence GENERATOR 

Julie Kieffer - Portrait 

Jeanne Held - Ode à la lenteur 

Claire Dantzer - L’arrière boutique 

Lisa Duroux & Guillaume Perez - 
Loges, jardin, rivière

Béranger Laymond - Portrait

Xavier Veilhan, De plain-pied -FRAC Pays de la Loire 

Elodie Rougeaux - Portrait

Trepasing Threshold

Nawel Grant - Portrait 

Vega Lopez - Portrait 

Frédérique Fleury 

Catalogue de l’exposition de l’EMAP Corbas - notices

Camille Sart - Entretien (Résidence Voyons Voir)

Rémi Lécussan - Entretien (Résidence Voyons Voir) 

Brontë Scott - Entretien
(Résidence Voyons Voir) 

Amalia Laurent - L’édifice immense du souvenir, exposition au CACN

Collection du FRAC île de France - notices

Collection de EAP Vénissieux - notices

Valentin Martre - Sortie de Résidence Voyons Voir au Chantier Naval Borg

Un calamar à la surface, Rémi Lécussan, Ludovic Hadjeras, Benoît Pype

Amalia Laurent - Entretien, POST it RÉALITÉS

Claire-Lise Panchaud - Portrait

Collection de l’IAC de Villeurbanne (FRAC Rhône Alpes) - notices

Jean-Christophe Couradin - Portrait 

Christopher Daharsh - BIKINI

Frédéric Rouarch - La traversée 

Pierre Unal Brunet - Entretien, POST it MONSTRE

Celine Pierre - Entretien, Point Contemporain 

Sophie Hasslauer - Portrait, Point Contemporain

Katinka Bock - Portrait, Zérodeux 

Marianne Villière - Entretien, POST it #08

Romuald Jandolo - Entretien, CARF 03

Baptiste Charneux - Entretien, POST it #06

Anaëlle Rambaud - Entretien, POST it #04

Carla Adra - Entretien, POST it #02

Corentin Canesson - Entretien, CARF 02

Thomas Schmahl - Portrait, Point Contemporain

Predicted Autumn, Jochen Lempert, La belle revue 

L’odeur du ciel, Damien Fragnon et Naomi Maury, Tzvetnik

Radio, Katinka Bock, Point Contemporain

Pavillon, Guillaume Perez, Artaïs 

Les conventions ordinaires, Chloé Serre, La BF15, Zérodeux 

Partout, mais pas pour très longtemps, Convoi exceptionnel, Point Contemporain

Peaux des murs, Claire Georgina Daudin, Point Contemporain

Night Soil - Nocturnal Gardening, Mélanie Bonajo, La critique 

Entre-temps, portrait de Rémi De Chiara, Point contemporain

Cleptomanie Sentimentale, collection Saves, Point contemporain

Les coulisses du plateau, portrait de Naomi Maury, Point contemporain 

Sous la surface, portrait de Julie Digard, Point contemporain 

Eloge de l’imprévu, portrait de Damien Fragnon, Point contemporain

Le divan des murmures, exposition collective au Frac Auvergne, Zérodeux 

La Fête, La Musique, La Noce, Maria Loboda, Zérodeux 

Le monde ou rien, exposition collective au Gac Annonay, La belle revue 

Images évanescentes et dessins absents, Claire Georgina Daudin, Le mauvais coton

Les bruits silencieux, Olivier Zabat, Le mauvais coton

Dancing in the Studio, Pedro Barateiro, Le mauvais coton

Etoffes à décor de circonstance, Joséphine Kaeppelin, Le mauvais coton

Conversations silencieuses, exposition collective au Réverbère, Le mauvais coton

Marcher à la dérive, Alex Chevalier et Guillaume Perez, Le mauvais coton

Les éléphants se cachent pour mourir, Maxime Lamarche, Le mauvais coton

Promenade urbaine en négatif, Sehyong Yang, Le mauvais coton

Histoire des ensembles, Mathilde Chénin, Le mauvais coton

Cave Studies, Vincent Broquaire, Le mauvais coton