Mathilde Noir
Dans le cadre du dispositif Pôle Position 2026 - Seize Mille, Réseau art contemporain Bourgogne - Franche-Comté
Mathilde Noir travaille moins à partir des formes que de leurs interprétations. Une roche, une peau, un carrelage, un paysage, une architecture ne constituent jamais des modèles à reproduire. Ils sont rejoués dans une autre matière, comme une partition aux nombreuses interprétations, une manière de faire apparaître ce qui relie des réalités que l'on croyait distinctes.
Observer occupe une place essentielle dans cette pratique. L'artiste collecte, photographie, prélève, laisse les matériaux évoluer. Elle s'intéresse autant aux qualités d'une surface qu'aux conditions dans lesquelles celle-ci se transforme. L'atelier devient un espace d'expérimentation où les matériaux, choisis pour leur capacité à réagir, sont engagés dans des protocoles dont ils finissent par s'affranchir. L'humidité, la poussière, la lumière et les manipulations cessent d'être de simples phénomènes contextuels ; ils deviennent les co-créateur·ice·s de l'œuvre.
Les œuvres semblent toujours saisies au moment où elles changent de statut : un savon devient relique, une coulure prend l'allure d'une offrande, un fragment commence à faire vestige. L'archéologie et la mythologie n'apparaissent jamais comme des références iconographiques ; elles constituent plutôt des régimes de regard. Cette manière de travailler déplace également notre regard sur les matériaux. Ils ne sont jamais envisagés pour ce qu'ils sont, mais pour les analogies qu'ils rendent possibles, jusqu’à leur conférer une présence presque votive.
Les sculptures évoluent au fil des expositions, se recomposent, se prolongent parfois dans d'autres pièces, comme si chacune conservait la possibilité d'une nouvelle interprétation. Cette attention portée aux métamorphoses de la matière rejoint une pensée du corps : non comme une forme close, mais comme une enveloppe poreuse, traversée des flux, des récits, des gestes et des milieux. La peau n'y sépare plus un intérieur d'un extérieur ; elle devient une surface de contact où les matières s'imprègnent, se contaminent et se transforment mutuellement.
La pratique artistique de Mathilde Noir habite précisément cet espace de porosité. Les pièces ne mettent pas en scène le passage d'un état à un autre, comme si une forme en remplaçait une autre. Elles maintiennent au contraire plusieurs états simultanément : le savon demeure savon tout en devenant peau ; la cire reste cire tout en faisant paysage ; une empreinte est encore matière autant qu'elle devient image. Les formes coexistent, se rejouent et se déplacent sans jamais se fixer.
Rien ne disparaît tout à fait, rien n'advient complètement.
Photos : Adam Magadoux
Expositions : Le Manoir de Mouthier-Haute-Pierre et la Filature de Varennes-sous-Dun
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Observer occupe une place essentielle dans cette pratique. L'artiste collecte, photographie, prélève, laisse les matériaux évoluer. Elle s'intéresse autant aux qualités d'une surface qu'aux conditions dans lesquelles celle-ci se transforme. L'atelier devient un espace d'expérimentation où les matériaux, choisis pour leur capacité à réagir, sont engagés dans des protocoles dont ils finissent par s'affranchir. L'humidité, la poussière, la lumière et les manipulations cessent d'être de simples phénomènes contextuels ; ils deviennent les co-créateur·ice·s de l'œuvre.
Les œuvres semblent toujours saisies au moment où elles changent de statut : un savon devient relique, une coulure prend l'allure d'une offrande, un fragment commence à faire vestige. L'archéologie et la mythologie n'apparaissent jamais comme des références iconographiques ; elles constituent plutôt des régimes de regard. Cette manière de travailler déplace également notre regard sur les matériaux. Ils ne sont jamais envisagés pour ce qu'ils sont, mais pour les analogies qu'ils rendent possibles, jusqu’à leur conférer une présence presque votive.
Les sculptures évoluent au fil des expositions, se recomposent, se prolongent parfois dans d'autres pièces, comme si chacune conservait la possibilité d'une nouvelle interprétation. Cette attention portée aux métamorphoses de la matière rejoint une pensée du corps : non comme une forme close, mais comme une enveloppe poreuse, traversée des flux, des récits, des gestes et des milieux. La peau n'y sépare plus un intérieur d'un extérieur ; elle devient une surface de contact où les matières s'imprègnent, se contaminent et se transforment mutuellement.
La pratique artistique de Mathilde Noir habite précisément cet espace de porosité. Les pièces ne mettent pas en scène le passage d'un état à un autre, comme si une forme en remplaçait une autre. Elles maintiennent au contraire plusieurs états simultanément : le savon demeure savon tout en devenant peau ; la cire reste cire tout en faisant paysage ; une empreinte est encore matière autant qu'elle devient image. Les formes coexistent, se rejouent et se déplacent sans jamais se fixer.
Rien ne disparaît tout à fait, rien n'advient complètement.
Photos : Adam Magadoux
Expositions : Le Manoir de Mouthier-Haute-Pierre et la Filature de Varennes-sous-Dun




