Hélène Hulak - Optique Panique 







Exposition au Polaris de Corbas, du 7 mars au 4 avril 2026



Au Polaris, Hélène Hulak ne nous raconte d’histoires : elle donne forme à un état mental, à une véritable Optique Panique qui naît de la saturation des images. Avant même que notre regard ne se confronte aux œuvres exposées dans l’espace d’exposition, la sculpture Beware of Margaret nous accueille, suspendue dans le hall, nous prend à témoin. Sa présence agit comme un seuil : elle instaure une relation frontale, nous surplombant avec autorité dans un face-à-face inaugural troublant.

Plus loin, la fresque murale, pensée comme un vaste champ de superpositions, agit moins comme une surface de projection que comme une coupe stratigraphique de nos imaginaires. Images publicitaires, fragments d’intimité, scènes de soin, de désir ou de violence collective s’y entassent, non pour produire un récit, mais pour rendre perceptible le bain visuel permanent dans lequel nos subjectivités fondent, comme autant de bath bombs multicolores.

L’image ici n’est plus garante de vérité. Elle est une matière instable, surexploitée, recyclée à l’infini, devenue brique élémentaire de la pensée. À force d’être vue, partagée, filtrée, elle se vide de son contenu symbolique tout en continuant d’agir avec puissance sur les corps ; elle est violemment performative — au sens où l’entend Hito Steyerl, comme une image qui ne se contente plus de représenter mais qui produit des effets réels. Cette consommation continue, hautement addictive, installe un rapport paradoxal aux images : à la fois anesthésié et compulsif, un engourdissement hyper-incarné. Les figures, issues autant de la culture pop que de la publicité ou du cinéma, condensent cette ambiguïté : objets de désir, coquilles vides, mais aussi corps saturés, assoiffés de visibilité.

La fresque juxtapose ainsi des scènes de gestes intimes où se rejouent les normes du genre et de la beauté, avec des images de manifestations, d’affrontements, de catastrophes climatiques. Les visages seuls trahissent la violence ; les corps, entravés ou enlacés, deviennent des formes ambiguës de contacts charnels, comme un dernier rempart face à la désincarnation programmée — dans un monde où, pour reprendre Jonathan Crary, l’attention est devenue un champ de bataille permanent.

Ces images prélevées par l’artiste tiennent de l’archétype : elles semblent familières sans jamais se laisser situer. Elles flottent dans un entre-deux trouble, ne témoignant plus de rien, sinon de leur capacité à survivre à tout contexte. De cette indétermination naît une sensation instable, prise entre le « déjà-vu » et une actualité permanente. Comme chez Miriam Cahn, la charge politique ne tient pas au contexte, mais à l’intensité affective brute, persistante, qui résiste à toute tentative de fixation.

En choisissant de peindre ces images, de les fixer sur le mur, Hélène Hulak leur redonne une gravité. Elle ralentit leur circulation, les arrache à leur flux numérique pour les rendre à nouveau regardables. Ce geste n’est ni nostalgique ni rédempteur : il affirme simplement que, malgré l’usure, ces images continuent de nous traverser — et que les ignorer serait déjà une forme de démission.

Le terme « pure » pose la question de la pureté dans l’œuvre d’Hélène Hulak : pureté fantasmée des paysages publicitaires, blancs immaculés des salles de bain, tendance « CleanTok » sur les réseaux sociaux, routines skincare antipollution pour des pores toujours plus purifiés… Une esthétique de la propreté qui contraste violemment avec un monde de plus en plus brutal et dévasté. Un t-shirt « Never give up », porté au milieu des décombres, révèle la circulation cynique des slogans comme des déchets occidentaux. La promesse d’un salut individuel, optimiste et motivant, se heurte à la réalité collective de la ruine, rappelant combien cette obsession de la pureté fonctionne moins comme une réponse que comme un écran.

Suspendues à des tancarvilles, les les sculptures textiles déplacent la fresque dans l’espace et la font basculer dans une zone domestique, presque triviale, de l’autre côté de l’écran. Ces formes molles évoquent autant des corps que des costumes en attente, abandonnés dans les coulisses d’un cabaret ou d’un drag show. Le tancarville — accessoire banal de la ménagère — devient ici un dispositif d’exposition d’un désir las, fatigué, désillusionné. Les figures ne sont ni tout à fait actives ni réellement inertes : elles oscillent entre séduction et affaissement, entre disponibilité et renoncement

En peinture comme en sculpture, l’artiste donne à voir des corps lucides et saturés, encore traversés par le désir, pris dans un monde d’images dont ils connaissent la violence, mais dont ils acceptent malgré tout d’être façonnés. Optique Panique ne désigne alors ni un thème ni un slogan, mais un état de perception : celui d’un regard pris de vertige, conscient de ses conditionnements, cherchant malgré tout à habiter les images plutôt qu’à leur tourner le dos.

1.  Hito Steyerl, The Wretched of the Screen, 2012

2.  Jonathan Crary, 24/7. Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Éditions La Découverte, 2014











Photos Lola Fontanié  



Mark

Leïla Couradin


Contact



EXPOSITIONS


Hélène Hulak - Optique Panique

Des mots vivent dans ma gorge - Prix Sheds Pantin 

Simon Feydieu - œuvre dans l’espace public 

Iels sont le feu à l’intérieur de nous - avec lola fontanié, marie pic, floraine sintès, laura vazquez, ludivine zambon

Jelena Škulis -  Les chaînes de la liberté et les câbles de la connexion

On ne change pas...on met juste les costumes d’autres sur soi... (parcours thématiques DDA)

Rien n’est vrai, tout est vivant - ESAPB

Charlotte Alves - Un trou dans le sable 

FUTURIBLES - avec Hilary Galbreaith, Andréa Le Guellec, Tania Gheerbrant, Sacha Rey, Baptiste Verrey

Camille Boileau - Le jardin des possibles 

Jeanne Chopy - Le rideau bouge encore ~

Lisa Duroux et Julie Kieffer - De cadence et d’amour

Adélaïde Feriot - Polaris

Bettina Samson - Spectral Summer, Le Parc Saint Léger 

Bénédicte Lacorre - Did something real happen ?

Vincent Gallais - L’instant de plus

Baptiste Charneux et Delphine Gatinois - Sécher le perroquet

La fête de l’insignifiance - exposition collective, Kunsthalle de Mulhouse 

Carla Adra - Bouche 

Léo Sallez - Relais des gourmets 

Victoria David - Snow Gum




TEXTES  


Ines Dobelle - Portrait

Elisa Florimont - Résidence GENERATOR 

Louise Belin - Résidence GENERATOR 

Julie Kieffer - Portrait 

Jeanne Held - Ode à la lenteur 

Claire Dantzer - L’arrière boutique 

Lisa Duroux & Guillaume Perez - 
Loges, jardin, rivière

Béranger Laymond - Portrait

Xavier Veilhan, De plain-pied -FRAC Pays de la Loire 

Elodie Rougeaux - Portrait

Trepasing Threshold

Nawel Grant - Portrait 

Vega Lopez - Portrait 

Frédérique Fleury 

Catalogue de l’exposition de l’EMAP Corbas - notices

Camille Sart - Entretien (Résidence Voyons Voir)

Rémi Lécussan - Entretien (Résidence Voyons Voir) 

Brontë Scott - Entretien
(Résidence Voyons Voir) 

Amalia Laurent - L’édifice immense du souvenir, exposition au CACN

Collection du FRAC île de France - notices

Collection de EAP Vénissieux - notices

Valentin Martre - Sortie de Résidence Voyons Voir au Chantier Naval Borg

Un calamar à la surface, Rémi Lécussan, Ludovic Hadjeras, Benoît Pype

Amalia Laurent - Entretien, POST it RÉALITÉS

Claire-Lise Panchaud - Portrait

Collection de l’IAC de Villeurbanne (FRAC Rhône Alpes) - notices

Jean-Christophe Couradin - Portrait 

Christopher Daharsh - BIKINI

Frédéric Rouarch - La traversée 

Pierre Unal Brunet - Entretien, POST it MONSTRE

Celine Pierre - Entretien, Point Contemporain 

Sophie Hasslauer - Portrait, Point Contemporain

Katinka Bock - Portrait, Zérodeux 

Marianne Villière - Entretien, POST it #08

Romuald Jandolo - Entretien, CARF 03

Baptiste Charneux - Entretien, POST it #06

Anaëlle Rambaud - Entretien, POST it #04

Carla Adra - Entretien, POST it #02

Corentin Canesson - Entretien, CARF 02

Thomas Schmahl - Portrait, Point Contemporain

Predicted Autumn, Jochen Lempert, La belle revue 

L’odeur du ciel, Damien Fragnon et Naomi Maury, Tzvetnik

Radio, Katinka Bock, Point Contemporain

Pavillon, Guillaume Perez, Artaïs 

Les conventions ordinaires, Chloé Serre, La BF15, Zérodeux 

Partout, mais pas pour très longtemps, Convoi exceptionnel, Point Contemporain

Peaux des murs, Claire Georgina Daudin, Point Contemporain

Night Soil - Nocturnal Gardening, Mélanie Bonajo, La critique 

Entre-temps, portrait de Rémi De Chiara, Point contemporain

Cleptomanie Sentimentale, collection Saves, Point contemporain

Les coulisses du plateau, portrait de Naomi Maury, Point contemporain 

Sous la surface, portrait de Julie Digard, Point contemporain 

Eloge de l’imprévu, portrait de Damien Fragnon, Point contemporain

Le divan des murmures, exposition collective au Frac Auvergne, Zérodeux 

La Fête, La Musique, La Noce, Maria Loboda, Zérodeux 

Le monde ou rien, exposition collective au Gac Annonay, La belle revue 

Images évanescentes et dessins absents, Claire Georgina Daudin, Le mauvais coton

Les bruits silencieux, Olivier Zabat, Le mauvais coton

Dancing in the Studio, Pedro Barateiro, Le mauvais coton

Etoffes à décor de circonstance, Joséphine Kaeppelin, Le mauvais coton

Conversations silencieuses, exposition collective au Réverbère, Le mauvais coton

Marcher à la dérive, Alex Chevalier et Guillaume Perez, Le mauvais coton

Les éléphants se cachent pour mourir, Maxime Lamarche, Le mauvais coton

Promenade urbaine en négatif, Sehyong Yang, Le mauvais coton

Histoire des ensembles, Mathilde Chénin, Le mauvais coton

Cave Studies, Vincent Broquaire, Le mauvais coton