Lou Berthevas - Rester discrète
Exposition au Polaris de Corbas, du 1er octobre au 14 novembre 2026
Entre vitrine et coulisses, Lou Berthevas met en lumière celles que l’on regarde sans voir et celles que l’on ne regarde jamais. D’un côté, des hôtesses d’accueil : silhouettes souriantes, calibrées pour représenter, exister à la surface des événements, réduites à une image. De l’autre, des femmes de ménage : corps en mouvement dans des espaces souvent vides, travaillant à l’aube ou dans l’ombre, pour que tout soit propre sans jamais laisser de trace de leur passage. Selon l’artiste qui a effectué ce job pendant ces études, « Le seul mot d’ordre est d’être invisible ».
En utilisant le médium classique de la peinture et du portrait, Lou Berthevas s’inscrit dans une longue histoire de représentation des femmes, tout en en renversant les codes. Longtemps, la peinture a oscillé entre deux figures féminines opposées : des corps surexposés, idéalisés et offerts au regard, et d’autres, relégués hors champ, exclus de toute représentation. En reprenant ces codes, l’artiste ne les rejoue pas : elle les déplace, en confrontant ce qui est trop vu et ce qui ne l’est jamais. Là où l’histoire de l’art a souvent montré des muses anonymes, idéalisées, elle choisit de peindre celles qui échappent au regard.
Ses figures ne sont plus des supports de projection ou des symboles, mais des corps situés, travaillant, contraints. En leur donnant la place du portrait, elle leur restitue une visibilité et une dignité que leurs conditions de travail leur refusent. Ainsi, la peinture devient un espace de réparation et de réapparition : ce qui était invisible dans le réel devient ici impossible à ignorer.
À travers ces figures, l’exposition met en évidence une même réalité : des formes de travail essentielles, mais dévalorisées, assignées à l’effacement ou à la représentation. Être vue sans être reconnue, ou agir sans apparaître. Lou Berthevas révèle une économie du regard autant qu’une économie du travail. Elle met en lumière ces gestes discrets, répétitifs, indispensables, qui relèvent du soin mais restent absents des récits dominants.
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