Ines Dobelle - Hum Hum Humide







Exposition à la Maison de La Fontaine, Brest, 8 octobre  au 3 janvier 2027



1970. Baie de Great Lameshur, parc national des Îles Vierges US. La première équipe d’aquanautes océanographes entièrement féminine s’installe dans un habitat de saturation sous-marin pour mener une campagne de recherche scientifique sous la surface, financée par la NASA et le gouvernement américain : Tektite II.

Cette communauté d’exploratrices non-mixte, confinée dans un espace étroit et pressurisé, travaille sous autorité et surveillance masculine constante. Ici commence notre fiction spéculative : que se passait-il lorsqu’elles échappaient enfin à ces regards ? De quoi parlaient-elles ? Quels liens pouvaient-elles tisser avec les créatures qui vivaient autour d’elles ?

Ce qui intéresse Ines Dobelle dans cette histoire n’est pas de reconstituer l’expérience de Tektite II, mais d’en déplacer les coordonnées. Entre huis clos et évasions océaniques, l’artiste imagine ce qui peut se passer dans les espaces laissés vacants par la surveillance : des alliances discrètes, des gestes produits dans le secret des profondeurs, des paroles qui ne remontent pas jusqu’à la surface. À qui parle-t-on lorsqu’on ne souhaite pas être entendues ? Que devient une parole confiée à une créature qui ne peut ni la rapporter, ni la traduire ?

Cette attention aux zones de détour traverse le travail d’Ines Dobelle. Elle s’intéresse aux formes de langage qui ne se présentent pas immédiatement comme telles : sous-entendus, messages codés, gestes déplacés, récits dissimulés dans des objets ordinaires. Ce qui semble anodin, fonctionnel ou décoratif peut alors servir de couverture, de relais ou d’angle mort. Les formes avancent à couvert, comme des créatures furtives en eaux troubles.

Dans Hum Hum Humide, la Maison de la Fontaine est envisagée comme un milieu plutôt que comme un simple lieu d’exposition. Elle devient une “wet room”, un espace de transition entre la station et l’océan, où les corps s’équipent ou se défont de leurs protections. L’humidité n’y est pas seulement évoquée : elle agit sur les matières, les objets et les visiteur·euses. Elle colle, goutte, réfléchit, imprègne. Elle rend les catégories moins étanches et trouble les surfaces.

Un lieu d’exposition est habituellement maintenu dans un état de stabilité : température et hygrométrie y sont contrôlées afin de protéger les œuvres. Ici, le protocole est inversé. L’exposition doit être abreuvée chaque jour. Éric, qui en assure la garde et la médiation, devient aussi celui qui la nourrit en eau. Son geste ne consiste plus à protéger les œuvres de l’humidité, mais à empêcher leur assèchement. Par des gestes quotidiens et répétitifs, il maintient le milieu actif, comme on entretient une serre ou un aquarium.

Dans cet environnement, les objets sont en cours de métamorphose. Ils quittent leur fonction première sans perdre complètement la mémoire de leur usage. Les ventilateurs, posés au sol, cessent d’être des appareils domestiques pour former un groupe de présences animées, une communauté de murènes. Une embouchure de tuba devient une bouche, un orifice, une fontaine d'où coule un monologue perpétuel. Une porte de douche et une serviette mouillée signalent le passage d’un corps absent, quand les corps des visiteur·euses traversent des membranes, se reflètent dans des formes de plancton, se penchent au-dessus d’ouvertures et confient leur image à quelqu’un d’autre. Ils passent d’un côté à l’autre de la vitre, d’observateur·rice à observé·e.

La question du regard se trouve ainsi constamment renversée. L’exposition multiplie les dispositifs qui empêchent de tout voir ou qui créent des hallucinations et qui métamorphosent les images : films translucides, reflets, ouvertures, grilles, lentilles, angles morts. Regarder implique de se pencher, de chercher, de s’exposer. Ce qui est visible n’est jamais entièrement disponible, les infiltrations ont déjà commencé. L’eau passe entre les carreaux, les images contaminent les objets, les reflets traversent les surfaces, les paroles se glissent dans les marges. Ce qui devait rester invisible devient précisément le lieu où quelque chose apparaît, à la manière d’une buée sur une vitre.

La parole elle-même devient presque une substance. Elle passe par la bouche, la salive, le souffle, les vibrations et les fuites ; elle n’est pas toujours destinée à être comprise.

L’ exposition fonctionne comme un joint dysfonctionnel : censé relier deux mondes, il cède son étanchéité aux infiltrations.

Leïla Couradin






Photos 



Mark

Leïla Couradin


Contact



EXPOSITIONS


Ines Dobelle - Hum Hum Humide 

Lou Berthevas - Rester discrète 

Hélène Hulak - Optique Panique

Des mots vivent dans ma gorge - Prix Sheds Pantin 

Simon Feydieu - œuvre dans l’espace public 

Iels sont le feu à l’intérieur de nous - avec lola fontanié, marie pic, floraine sintès, laura vazquez, ludivine zambon

Jelena Škulis -  Les chaînes de la liberté et les câbles de la connexion

On ne change pas...on met juste les costumes d’autres sur soi... (parcours thématiques DDA)

Rien n’est vrai, tout est vivant - ESAPB

Charlotte Alves - Un trou dans le sable 

FUTURIBLES - avec Hilary Galbreaith, Andréa Le Guellec, Tania Gheerbrant, Sacha Rey, Baptiste Verrey

Camille Boileau - Le jardin des possibles 

Jeanne Chopy - Le rideau bouge encore ~

Lisa Duroux et Julie Kieffer - De cadence et d’amour

Adélaïde Feriot - Polaris

Bettina Samson - Spectral Summer, Le Parc Saint Léger 

Bénédicte Lacorre - Did something real happen ?

Vincent Gallais - L’instant de plus

Baptiste Charneux et Delphine Gatinois - Sécher le perroquet

La fête de l’insignifiance - exposition collective, Kunsthalle de Mulhouse 

Carla Adra - Bouche 

Léo Sallez - Relais des gourmets 

Victoria David - Snow Gum




TEXTES  


Mathilde Noir - Portrait 

François-Thibaut Pencenat - Portrait

Pierre Cauchois & Eugénia Reznik

Nathalie Leverger - Portrait

Ines Dobelle - Portrait

Elisa Florimont - Résidence GENERATOR 

Louise Belin - Résidence GENERATOR 

Julie Kieffer - Portrait 

Jeanne Held - Ode à la lenteur 

Claire Dantzer - L’arrière boutique 

Lisa Duroux & Guillaume Perez - 
Loges, jardin, rivière

Béranger Laymond - Portrait

Xavier Veilhan, De plain-pied -FRAC Pays de la Loire 

Elodie Rougeaux - Portrait

Trepasing Threshold

Nawel Grant - Portrait 

Vega Lopez - Portrait 

Frédérique Fleury 

Catalogue de l’exposition de l’EMAP Corbas - notices

Camille Sart - Entretien (Résidence Voyons Voir)

Rémi Lécussan - Entretien (Résidence Voyons Voir) 

Brontë Scott - Entretien
(Résidence Voyons Voir) 

Amalia Laurent - L’édifice immense du souvenir, exposition au CACN

Collection du FRAC île de France - notices

Collection de EAP Vénissieux - notices

Valentin Martre - Sortie de Résidence Voyons Voir au Chantier Naval Borg

Un calamar à la surface, Rémi Lécussan, Ludovic Hadjeras, Benoît Pype

Amalia Laurent - Entretien, POST it RÉALITÉS

Claire-Lise Panchaud - Portrait

Collection de l’IAC de Villeurbanne (FRAC Rhône Alpes) - notices

Clémentine May - Cas d’écorces

Jean-Christophe Couradin - Portrait 

Henri Gautheret - Murmuration

Christopher Daharsh - BIKINI

Frédéric Rouarch - La traversée 

Pierre Unal Brunet - Entretien, POST it MONSTRE

Celine Pierre - Entretien, Point Contemporain 

Sophie Hasslauer - Portrait, Point Contemporain

Katinka Bock - Portrait, Zérodeux 

Marianne Villière - Entretien, POST it #08

Romuald Jandolo - Entretien, CARF 03

Baptiste Charneux - Entretien, POST it #06

Anaëlle Rambaud - Entretien, POST it #04

Carla Adra - Entretien, POST it #02

Corentin Canesson - Entretien, CARF 02

Thomas Schmahl - Portrait, Point Contemporain

Predicted Autumn, Jochen Lempert, La belle revue 

L’odeur du ciel, Damien Fragnon et Naomi Maury, Tzvetnik

Radio, Katinka Bock, Point Contemporain

Pavillon, Guillaume Perez, Artaïs 

Les conventions ordinaires, Chloé Serre, La BF15, Zérodeux 

Partout, mais pas pour très longtemps, Convoi exceptionnel, Point Contemporain

Peaux des murs, Claire Georgina Daudin, Point Contemporain

Night Soil - Nocturnal Gardening, Mélanie Bonajo, La critique 

Entre-temps, portrait de Rémi De Chiara, Point contemporain

Cleptomanie Sentimentale, collection Saves, Point contemporain

Les coulisses du plateau, portrait de Naomi Maury, Point contemporain 

Sous la surface, portrait de Julie Digard, Point contemporain 

Eloge de l’imprévu, portrait de Damien Fragnon, Point contemporain

Le divan des murmures, exposition collective au Frac Auvergne, Zérodeux 

La Fête, La Musique, La Noce, Maria Loboda, Zérodeux 

Le monde ou rien, exposition collective au Gac Annonay, La belle revue 

Images évanescentes et dessins absents, Claire Georgina Daudin, Le mauvais coton

Les bruits silencieux, Olivier Zabat, Le mauvais coton

Dancing in the Studio, Pedro Barateiro, Le mauvais coton

Etoffes à décor de circonstance, Joséphine Kaeppelin, Le mauvais coton

Conversations silencieuses, exposition collective au Réverbère, Le mauvais coton

Marcher à la dérive, Alex Chevalier et Guillaume Perez, Le mauvais coton

Les éléphants se cachent pour mourir, Maxime Lamarche, Le mauvais coton

Promenade urbaine en négatif, Sehyong Yang, Le mauvais coton

Histoire des ensembles, Mathilde Chénin, Le mauvais coton

Cave Studies, Vincent Broquaire, Le mauvais coton